Delphi
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Développement historique des Delphes

Le rôle de l’Oracle lors de la Seconde Colonisation 

Les premiers bâtiments liés avec le culte d’Apollon datent vers la fin du VIIème s. av. J.-C. Toutefois, les premières dédicaces datent d’environ 900 av. J.-C. et elles ont multiplié pendant le VIIème s. av. J.-C., ainsi révélant que Delphes attiraient des pèlerins de tous les coins de Grèce. Le développement du sanctuaire est étroitement lié avec deux secteurs qui caractérisent l’évolution sociale et économique de la société grecque: la colonisation (surtout la dite Seconde Colonisation du VIIIème-VIème siècle av. J.-C.) et les réformes sociales et politiques aux seins des cités, particulièrement la tyrannie.

Le sanctuaire de Delphes a joué un rôle important dans l’établissement des colonies. On pense qu’avant chaque expédition pour la fondation d’une colonie, la cité-métropole envoyait une ambassade au sanctuaire, afin de demander un oracle par rapport à l’emplacement de la nouvelle colonie. C’est possible que la métropole avait déjà pris la décision pour fonder la colonie et que ce qu’on demandait du sanctuaire c’était de sanctionner le processus. En tout cas, les cités recevaient le conseil du dieu Apollon avant de fonder une nouvelle colonie. La divination fut donnée personnellement au colon principal et elle était accompagnée par une procuration par laquelle ce dernier entreprendrait des nombreuses fonctions, comme celle du roi, du chef religieux, du commandant militaire et du législateur. Le sanctuaire continuait de surveiller les colonies même après leur établissement. En cas de crise sociale, l’oracle proposait une personne en tant que juge, afin qu’il puisse intervenir et rétablir l’ordre. Tel était, par exemple, le cas de Demonax de Mantinée, envoyé comme katartister (juge intermédiaire) à Cyrène.

Le rôle du Sanctuaire dans les développements sociopolitiques à l’intérieur de Grèce

Tout au long de la période archaïque, le sanctuaire delphique fut activement et constamment impliqué aux transformations sociopolitiques, surtout à celles ayant un rapport avec l’organisation sociale. Sparte maintenait des liens très étroits avec l’Oracle. Malgré les doutes qui existent aujourd’hui concernant Lycurgue et les reformes qui lui sont attribuées, c’est certain que, dès l’époque du Tyrtée, Delphes jouait un rôle important dans ces transformations profondes (Hér. 1, 65; Plutarque, Lycurgue 29).

Il parait que Delphes maintenait une relation étroite avec la tyrannie, car les prêtres ont soutenu les tyrans à maintes reprises. L’histoire préservée par Hérodote est éloquente (5, 92) par rapport à la divination de l’Oracle sur Kypsélos, en tant que tyran future de Corinthe. Cylon fut également soutenu lors de son effort de devenir tyran des Athéniens, mais il a échoué parce qu’il n’a pas bien interprété la divination (Thucydide 1, 126, 5). Il y avait pourtant des cas où l’oracle s’est résisté contre des tyrannies, comme dans le cas des Orthagorides à Sicyone (Hér. 5, 67).

Quand la tyrannie avait conclu son rôle et ne répondait plus aux exigences accrues des couches sociales moyennes et inférieures, le sanctuaire de Delphes n’a pas hésité de s’opposer clairement. A Cyrène, vers 550 av. J.-C., lors du règne de Vattos III, les Cyrénéens, qui avaient connu des grandes catastrophes sous le roi précédent, “ont envoyé (des messagers) à Delphes pour demander quel régime ils devraient adopter afin de mieux vivre. La Pythie les a ordonnés d’inviter un législateur (katartister) de la Mantinée d’Arcadie (Arist. Politiques 7, 1319 b 18-22). L’Oracle a maintenu une attitude analogue lors de la tyrannie tardive des Peisistratides: il a soutenu les Alcméonides – la famille qui s’opposait par excellence aux Peisistratides–, il a incité les Spartiates de renverser la tyrannie athénienne et il a aidé Clisthène à effectuer la transition de la tyrannie vers la démocratie.

Delphes fut également mêlés dans des conflits armés, comme dans le cas des Guerres Médiques, lors desquelles il paraît qu’il a maintenu une stance pro-perse, au moins au début.

L’apogée et le prestige du sanctuaire panhéllenique

Depuis le VIIIème jusqu’au début du Vème s. av. J.-C., le sanctuaire de Delphes se trouvait à l’apogée de sa puissance et de son influence. Tant que les gens s’adressaient au sanctuaire pour des conseils ou des informations, ses connaissances spéciales sur des questions de géographie, des équilibres politiques et des tensions sociales s’enrichissaient. Les colonisations ont étendu son influence et son renom et ils ont renforcé sa position dominante en tant que sanctuaire panhéllenique. D’ailleurs, tant les colonies que les tyrans des nombreuses villes ont enrichi le sanctuaire avec dédicaces et légations religieuses. Bien que conservateur dans les questions religieuses et cultuelles, le sanctuaire soutenait presque toujours les changements imposés par les besoins sociaux. La divination d’Apollon se liait avec la législation des villes, ainsi gagnant en autorité, et Delphes prenait le rôle du garant de la paix sociale. Le sanctuaire n’accordait pas de prestige aux dirigeants en invoquant l’ordre divine, mais il soutenait leurs décisions, leurs offrant ainsi un caractère de légitimation.

Les premiers bâtiments de temples 

L’ère archaïque constitue le début de la formation de l’espace sacré de Delphes, sous la forme que l’on connait aujourd’hui. Dans le sanctuaire d’Athéna Pronaia fut construit le premier temple en tuf, qui fut abandonné plus tard à cause des dégâts subis par des tremblements de terre. En plus, le premier temple documenté historiquement fut érigé dans le sanctuaire d’Apollon, également en tuf. 

Les premières offrandes – VIIIème et VIIème s.  

Vers la fin du VIIIème s. av. J.-C., avec les dédicaces venant de tous les endroits de la Grèce, arrivent à Delphes les premières importations de l’est, amenés par les marins grecs et provenant d l’intérieur de l’Asie, à travers les stations commerciales grecques de la Syrie du nord (Αl Mina, Tyr) et des îles intermédiaires de Crète, de Chypre, de Rhodes. Lors du siècle suivant une multitude d’œuvres luxurieuses de métallurgie, affichant des nouvelles méthodes et techniques et des sujets décoratifs étranges, soit venant des pays du Proche Orient et des civilisations antiques des Assyriens, des Hittites, de l’état d’Urartu (Arménie), soit imitant des modèles orientaux, affluent dans le sanctuaire d’Apollon. Les trépieds en bronze tiennent une place exceptionnelle parmi les offrandes des fidèles. A Delphes, le trépied avait une valeur symbolique toute particulière, car il fut lié à la capacité divinatoire d’Apollon et à la procédure de divination, étant donné que la Pythie peut concevoir et transférer la connaissance divine seulement quand elle s’assoit sur le trépied, qui la lie avec les forces de la pègre.

Les temples du VIème siècle av. J.-C.  

Au milieu du VIème s. av. J.-C., le temple initial d’Apollon fut détruit, probablement par un tremblement de terre. Peu après, la famille illustre des Alcméonides d’Athènes s’exileelle-même de la cité et s’installe à Delphes, après des efforts infructueux d’empêcher Peisistrate d’instaurer la tyrannie dans leur ville natale. Aspirant, apparemment, à jouer de nouveau un rôle dans les affaires politiques et de créer des alliances, les Alcméonides entreprennent de rassembler d’argent de toutes les villes grecques pour la reconstruction du temple, qu’ils achèvent en 510 av. J.-C. Dans le sanctuaire d’Athéna Pronaia, un nouveau temple en tuf est également construit, afin de remplacer le précédent, aussi démoli par des glissements du terrain.

Les dédicaces du VIème s. av. J.-C. 

Lors du VIème s. av. J.-C., Delphes connait une période de grande prospérité. En 590 av. J.-C., en tant que résultat de la Première Guerre sacrée, la région de Crissa est dédiée à Apollon, ce qui augmente la propriété fixe du sanctuaire. Etant donné qu’il s’agit de la période où la force politique du sanctuaire s’augmente, les chefs de cités saisissent l’occasion de manifester leur richesse et leur force par des offrandes opulentes ou même pare des bâtiments entiers. Les nombreux pèlerins avaient ainsi l’occasion d’admirer la valeur artistique des ex-votos.

Lors du VIème siècle, le long de la Voie Sacrée qui menait au sanctuaire d’Apollon, furent construits les premiers Trésors, des petits bâtiments dédiés au dieu, dont l’intérieur contenait des ex-votos précieux de la ville dédicante. Le premier trésor délimitant l’un côté de l’Aire, la petite place ouverte utilisée pour des rites à ciel ouvert, était celui des Corinthiens. Il fut dédié par Kypsélos, le tyran de la ville, ainsi inaugurant une tradition suivie par la suite par d’autres familles dynastiques, ainsi que par les villes elles-mêmes. 

Le bâtiment monoptère dédié par Sicyone date aux environs de 560 av. J.-C. Sa partie supérieure fut décorée par une frise dorique avec métopes et triglyphes. Les sculptures de ce Trésor constituent un exemple unique de l’art archaïque de Sicyone, si renommée pendant l’Antiquité, où le caractère peint avec les tracés précis et les détails des figures l’emporte sur la plasticité. Des parties de cette frise ont été découvertes dans les fondements du Trésor postérieur des Sicyoniens. Concernant l’usage initial du temple monoptère, on a soutenu l’opinion qu’il abritait le chariot avec lequel Clisthène avait remporté la victoire aux courses de chariots lors des Jeux Pythiques de 582 av. J.-C.

A côté des bâtiments doriques austères construits dans le sanctuaire de Delphes par les villes de la Grèce continentale, le Trésor des Siphniens, daté vers 525 av. J.-C., représente le style de la Grèce insulaire de l’est et le rythme ionique avec son riche décor. Les vestiges architecturaux ont permis sa reconstruction détaillée. Sur la façade, au lieu de deux colonnes adjacentes, l’architrave était soutenu par deux Caryatides, ainsi présageant celles de l’Erechthéion.

Dans le sanctuaire d’Athéna Pronaia, peu avant l’aube du Vème siècle av. J.-C., les citoyens de Marseille, une colonie lointaine des Phocéens, ont dédié un trésor très élégant avec un décor sculpté extraordinaire, possiblement afin de remercier la déesse sur leur victoire contre les Liguriens.

Du point de vue des monuments portables, Argos était la première ville à dédier deux statues identiques colossales. Il s’agit de la première dédicace monumentale de Delphes, un des premiers cas de la « grande » plastique archaïque et une création du sculpteur argien Polymedès. Les statues forment un couple, ce qui est rare dans l’art grec. Elles furent initialement identifiées avec deux frères robustes et pieux d’Argos, Kléobis et Biton, qui se sont attelés sur le char de leur mère, qui était prêtresse, afin de l’amener au temple d’Héra. Toutefois, la recherche plus récente a identifié les deux statues avec les Dioscures, dont le culte était répandu dans le Péloponnèse.

Vers 560 av. J.-C., Naxos, l’île riche des Cyclades, a dédié une offrande grandiose à Apollon de Delphes. C’est la statue du Sphinx mythique qui, avec sa taille colossale, sa forme imposante et son emplacement dans le sanctuaire (près du Rocher de Sibylle) souligne l’excellence politique et artistique de Naxos pendant la période archaïque. La créature démoniaque avec la tête féminine au sourire énigmatique, avec son corps de lion et ses ailes d’oiseau, fut placée sur le chapiteau d’une colonne ionique très haute, considérée l’élément le plus ancien de l’ordre ionique à Delphes. Sa taille colossale et la hauteur d’où elle dominait le paysage delphique devraient émerveiller les pèlerins archaïques.

Les ex-votos chryséléphantins fameux, représentant Apollon et Artémis appartiennent à la même période.

Toutefois, les dédicaces les plus célèbres sont celles du roi lydien Crésus, décrites en détail par Hérodote (Α. 51).

Ces ouvrages achevés, Crésus les envoya à Delphes avec beaucoup d’autres présents, deux cratères extrêmement grands, l’un d’or et l’autre d’argent. Le premier était à droite en entrant dans le temple, et le second à gauche. On les transporta aussi ailleurs, lors de l’incendie du temple. Le cratère d’or est aujourd’hui dans le trésor des Clazoméniens : il pèse huit talents et demi, et douze mines. Celui d’argent est dans l’angle du vestibule du temple : il tient six cents amphores. Les Delphiens y mêlent l’eau avec le vin, aux fêtes appelées Théophanies. Ils disent que c’est un ouvrage de Théodore de Samos ; et je le crois d’autant plus volontiers que cette pièce me parait d’un travail exquis. Le même prince y envoya aussi quatre muids d’argent, qui sont dans le trésor des Corinthiens; deux bassins pour l’eau lustrale, dont l’un est d’or et l’autre d’argent. Sur celui d’or est gravé le nom des Lacédémoniens, et ils prétendent avoir fait cette offrande, mais à tort ; il est certain que c’est aussi un présent de Crésus. Un habitant de Delphes y a mis cette inscription pour flatter les Lacédémoniens. J’en tairai le nom, quoique je le sache fort bien. Il est vrai qu’ils ont donné l’enfant à travers la main duquel l’eau coule et se répand ; mais ils n’ont fait présent ni de l’un ni de l’autre de ces deux bassins. A ces dons Crésus en ajouta plusieurs autres de moindre prix ; par exemple, des plats d’argent de forme ronde, et une statue d’or de trois coudées de haut, représentant une femme. Les Delphiens disent que c’est celle de sa boulangère. Il y fit aussi porter les colliers et les ceintures de la reine sa femme. Tels sont les présents qu’il fit à Delphes.
[Traduction: Larcher-De Bochard]

De ces ex-votos, quelques-unes furent détruites, alors que celles qui furent préservés ont été par la suite gardés dans le Trésor des Cyrénéens.

L’aube de la période classique a été marquée par les guerres médiques, qui n’ont pas laissé Delphes saines et sauves, malgré l’attitude pro-Persique que le sanctuaire semble avoir gardé, offrant des oracles de mauvaise augure aux villes grecques qui se défendaient contre les Perses. Selon Hérodote, en 480 av.J.-C. les Perses, sur leur chemin vers le sud après leur victoire aux Thermopyles, ont envoyé un corps militaire à Delphes, afin de piller le sanctuaire. Il est rapporté que les habitants de la région ont eu recours à l’Antre Corycien, qui était difficile à retracer. Cependant, l’armée perse n’a jamais atteint le sanctuaire, car ils ont été chassés par deux héros locaux, à savoir Phylakos et Autonoos. Selon une autre tradition, cependant, deux sommets du Parnasse sont tombés et ont écrasé les Persans envahissants.

Delphes sont donc restés autonomes jusqu’ en 448 avant J.-C.., quand les Phocéens, aidés par les Athéniens, ont tenté d’annexer la ville à la Ligue Phocéene. Les Spartiates ont réagi contre cet effort, qui a abouti à la Seconde Guerre Sacrée. Les Phocéens, cependant, ont réussi à obtenir le contrôle de Delphes, aboutissant à l’établissement d’un status quo qui a été maintenu jusqu’ en 421 avant J.-C. Puis, au cours de la guerre du Péloponnèse et la paix de Nicias qui fut défavorable pour les Athéniens, Delphes a retrouvé sa liberté. Delphes est resté indépendant jusqu’ en 356 avant J.-C, quand les Phocéens prirent la ville en tant que représailles contre une lourde amende imposée par la Convention amphictyonique. Cela a déclenché la IIIème Guerre Sacrée et a incité l’intervention de Philippe II de Macédoine dans les événements politiques de la Grèce centrale. Enfin, en 339 avant J.-C. une autre guerre, relativement courte, la IVème Guerre Sacrée, a éclaté en raison de certaines actions menées par les Locriens d’Amphisse et a conduit à la suprématie finale de Philippe et des Macédoniens partout en Grèce.

L’évolution du sanctuaire dans la période classique

La période classique a vu la construction de bâtiments importants et bien connus. La Voie Sacrée était flanquée par le Trésor des Athéniens, le Portique des Athéniens, le Trésor des Mégariens, le Trésor des Thébains etc. Le temple d’Apollon, qui était situé à l’extrémité de la Voie Sacrée, a été reconstruit en 330 avant J.-C, à la fin de la période classique, tandis que l’autel du temple (autel de Chios), qui avait été construit autour de 475 avant J.-C., a été remanié afin de correspondre stylistiquement à l’architecture du temple. La zone autour du temple a été décorée par des chefs-d’œuvre artistiques, tels que le Monument de Daochos, qui était situé devant ou (plus probablement) dans le Trésor des Thessaliens. Dans le sanctuaire d’Athéna Pronaia, de l’autre part, ont été construits la Tholos, le Trésor Dorique et, un peu plus tard, le temple en calcaire d’Athéna Pronaia. Vers la fin de la période classique ont été construits les premiers bâtiments de caractère public et athlétique, comme le gymnase, entre le sanctuaire d’Athéna et la fontaine Castalie, et le stade, au-dessus du temple d’Apollon. Enfin, pendant la période classique des offrandes votives de haute valeur artistique ont été installés à Delphes. Certains des offrandes conservés nous donnent un aperçu de la richesse qui avait été accumulé dans la ville et le sanctuaire, après les guerres médiques. Le célèbre Aurige, l’un des chefs-d’œuvre du dit “style sévère”, qui marque le passage de l’époque archaïque à l’époque classique, ainsi que les petites offrandes en bronze, telles que le brûleur d’encens en forme de péplophoros supportant un chaudron, le joueur de flûte et la paire d’athlètes, qui ont été trouvées dans le fossé de la Voie Sacrée, constituent quelques spécimens seulement de l’art classique précoce. Malheureusement, beaucoup d’autres ont été détruits pendant la Troisième Guerre Sacrée, tandis que d’autres ont été transportés à Rome après la conquête romaine. Il semble, cependant, que dans le IIème siècle après J.-C., il y avait encore plusieurs statues existantes in situ, selon les témoignages de Pausanias et Plutarque. Celui-ci décrit en détail, par exemple, le groupe sculpté composé de 37 statues que les Lacédémoniens avaient consacré après leur victoire à Aegos Potamoi (405 avant J.-C), qui leur a garanti la victoire dans la guerre du Péloponnèse. Les Lacédémoniens apparemment ont suivi une pratique établie par les Athéniens en 460 avant J.C., quand ils ont assigné à Phidias la tâche de faire un groupe sculpté composé de 13 statues par le butin des guerres médiques. Les noms des grands sculpteurs, tels que Agéladas d’Argos et Onatas d’Egine comptent parmi les créateurs qui ont décoré avec leurs œuvres le sanctuaire d’Apollon.

À la fin de l’époque classique, au moment où l’armée d’Alexandre le Grand était déjà en marche à l’Est, un autre chef d’œuvre marque la transition vers l’art hellénistique: les «trois danseuses”, le complexe sculpté de trois jeunes filles qui semblent jaillir d’une colonne de 10 mètres de hauteur, enveloppée dans des feuilles d’acanthe, soutenaient un trépied élaborée au sein de laquelle se tenait apparemment le “omphalus”. La colonne a été mise en place à l’occasion de la Pythaide de 330- 325 avant J.C. L’interprétation récente a montré que le mouvement dansant des mains était en vérité un moyen de soutenir avec élégance le trépied, tandis que les trois figures féminines dépeignaient probablement les filles de Cécrops, le roi mythique d’Athènes.

Après le turbulent IVème siècle, Delphes est entré dans une nouvelle phase d’essor au cours de la période hellénistique. Le sanctuaire panhellénique a reçu sa part du butin recueilli lors des campagnes d’Alexandre le Grand dans l’Est. Les rivalités des successeurs ainsi que des royaumes hellénistiques et des confédérations plus tard, ont souvent été reflétées également dans les offrandes votives précieuses, visant à surpasser l’un l’autre en prodigalité et en prestige.

Le danger des Galates et l’ascension de la Ligue Etolienne

La troisième décennie du IIIème siècle avant J.-C a trouvé les Etats hellénistiques épuisés par les combats constants et a fait surgir un grand danger pour la Grèce. La défaite et la mort de Lysimaque à la bataille de Kouropédion en 281 avant J.-C et l’affaiblissement de son état en Thrace a incité des tribus celtiques (Galates), qui habitaient en Pannonie, à descendre vers la Grèce, peut-être poussés par la famine.

Quand ils arrivèrent à la Grèce du Nord, leur corps militaire, composé d’environ 85.000 hommes, a été divisé en trois branches. La branche centrale, dont Brennus et Acichorius étaient les chefs, s’est dirigée vers la Grèce centrale, alors que les deux autres divisions ont marché vers la Macédoine occidentale et la Macédoine orientale et vers la Thrace respectivement. Les premiers raids ont cessé après suffisamment de pillage, mais Brennus et Acichorius ont organisé une autre campagne en 279 avant J.-C. Les Grecs coalisés ont essayé de les repousser aux Thermopyles. Brennus a utilisé un leurre et envoya une partie de sa force militaire à l’est, vers l’Étolie, afin de forcer les Étoliens qui défendaient Thermopyles à abandonner leurs positions.

Les Galates ont détruit Kallion, sur les frontières entre Eurytania et Étolie et ont commis des atrocités horribles, mais la résistance de l’ensemble de la population étolienne sur le site Kokkalia, où aussi les personnes âgées et les femmes et les enfants ont combattu, a donné un coup décisif à la menace gauloise. L’armée de la Gaule a été vaincue et le pillage de Delphes n’a jamais eu lieu. Au contraire, la Ligue Étolienne a renforcé sa position en Grèce continentale et elle a dominé Delphes pendant environ un siècle. Les Étoliens ont placé une stèle honorifique sur une base qui représente sans doute des pièces d’armure des Gaulois, alors qu’ils ont également érigé le dit “Portique des Étoliens» ou Portique occidentale, un des plus grands bâtiments à proximité du sanctuaire d’Apollon.

En signe de gratitude, ils ont été accordés le droit de participer à la convention amphictyonique. On organisait des jeux honoraires, les Sotéria, qui, en 246 avant J.-C. ont été rebaptisés “Soteria étoliens” et ilsse sont évolués en Jeux panhelléniques qui avaient lieu tous les cinq ans.

Les Attalides et Delphes

Un autre pouvoir hellénistique, qui a également acquis du prestige grâce à la défense mise contre les Gaulois qui avaient atteint le centre de l’Asie Mineure après leur défaite en Grèce étaient les Attalides de Pergame. En environ 241 avant J.-C. Attale Ier a inauguré la construction d’un portique monumental à l’est du sanctuaire d’Apollon. Une partie de l’enceinte sacrée a dû être démolie pour faire place à cette construction. Les Attalides ont également reçu le droit d’être les seuls qui pourraient ériger des ex-votos dans ce portique. Eumène II de l’autre part a été celui qui a fait construire le théâtre de Delphes avec des bancs de pierre vers 160 avant J.-C.

La guerre des Alliés

La puissance de la Ligue étolienne a inquiété les rois des autres Etats hellénistiques à part des Attalides, qui ont traité les Étoliens comme alliés visant à l’objectif commun de contrôler les Galates. Philippe V de Macédoine, désireux de mettre fin à la suprématie étolienne en Grèce centrale, a réussi de réunir plusieurs pouvoirs grecs et de commencer la dite Guerre des Alliés. Bien que la guerre n’a pas abouti à mettre fin à la présence étolienne à Delphes, il a eu comme conséquence un certain relâchement de leur contrôle sur le sanctuaire et l’oracle. Ainsi, en 213 avant J.-C., Sicyon, un membre de la Ligue des Achéens, ennemi de la Ligue étolienne, a demandé l’oracle pour obtenir des conseils sur la façon d’enterrer son roi mort, Aratus, et il a reçu une réponse disant que Aratus devrait être proclamé un héros.

Vers la fin du 3ème siècle avant J.-C., cependant, les rivalités entre les forces grecques ont pris une autre tournure, car la nouvelle puissance de Rome est entrée sur scène et a entrepris le rôle de régulateur dans la vie politique des Grecs. Le sanctuaire de Delphes prévoyait le rôle que Rome allait jouer et il se précipita à offrir de conseils positives, maintenant ainsi une position pro-romaine qui allait persister dans le temps.

Les ex-votos hellénistiques

Du point de vue artistique, le début du IIIème siècle a été caractérisé par un virage vers le réalisme. Le premier grand ex-voto hellénistique est la composition sculptée, à laquelle semblent appartenir la statue de Dionysos et celle de l’homme d’âge barbu (connu aussi comme le Philosophe), la figure d’une femme et celle d’une fille. Si ces statues ont vraiment formé un groupe, ils doivent avoir été consacrés par un prêtre de Delphes autour de 270 avant J.-C. Au cours du IIIème siècle, les figures robustes de la période classique ont donné leur place à des statues de petits enfants, comme celle du garçon tenant une oie avec les deux mains (un type amplement reproduit pendant l’époque hellénistique et romaine), la fille dans le type de “Petite Ourse” d’Artémis de Brauron et l’Amour endormi.

Les guerres constantes qui ont financièrement épuisé les royaumes hellénistiques ont également eu un effet sur le sanctuaire de Delphes qui a vu le nombre de ses ex-voto diminuer et son pouvoir financier s’amoindrir. Le dernier ex-voto de caractère militaire qui a été mis en place sur le site était la stèle de Paul Émile, vainqueur de la bataille de Pydna en 168 avant J.-C.; elle soutenait la statue du général à cheval et sa partie supérieure se décorait des reliefs représentant les scènes de la bataille. Cependant, en 86 av. J.-C., un autre général, Sylla, a pillé de nombreux trésors de Delphes sous forme de «prêt». Trois années plus tard la destruction qu’il a infligée allait se compléter par des raids des tribus thraces. Strabon, qui a visité la région dans le 1er siècle avant J.-C., décrit une image d’abandon.

Avec la fin de la démocratie, cependant, le désir des empereurs romains était de maintenir et préserver Delphes, principalement en raison de l’histoire de ce site et de l’importance qu’il avait pour la conscience commune des Grecs. Certains d’entre eux ont pris soin de faire rénover les bâtiments, d’offrir de nouveaux ex-votos et de continuer à organiser les Jeux Pythiques. Cet exemple n’était pas suivi par tous : Néron, qui avait visité Delphes, avait participé aux Jeux, évidemment en gagnant, a emporté avec lui environ 500 statues bronzes de l’espace sacré. Au contraire, Trajan a essayé de perpétuer la gloire du sanctuaire. À la fin de son règne Plutarque est devenu prêtre au sanctuaire d’Apollon et il y est demeuré pendant les trente derniers ans de sa vie (95-125 ap. J.-C.). Le travail de Plutarque est une source abondante d’informations sur les rituels, les monuments, mais aussi les visiteurs de l’espace sacré.

Cependant, l’empereur qui a lié son nom le plus étroitement avec Delphes était Hadrien, qui admirait profondément la Grèce, son art et sa philosophie. Beaucoup de bases de statues conservées portent son nom, mais aucun de ses statues n’a survécu. Au contraire, la statue de son protégé, le jeune Antinoüs de Bithynie, a été préservée pour commémorer à jamais la beauté classique. Inconsolable de sa perte, Hadrien ordonna de placer des statues de Antinoüs presque partout dans l’Empire. La statue de Delphes est probablement la plus belle des statues encore existantes, une figure idéalisée, faite pour l’éternité.

Autour de 170 ap. J.-C., Delphes a reçu un dernier bienfait: Hérode Atticus a décoré le stade avec des bancs de marbre, comme il l’avait fait avec le stade d’Athènes. A partir de ce moment a commencé le déclin de l’Oracle et du sanctuaire. C’est pourtant dans la même période que Pausanias visita le site, commémorant dans ses descriptions le sanctuaire diminuant en pouvoir et prestige. Sans l’œuvre de Pausanias de nombreux monuments auraient resté inconnus ou non identifiés.

Ex-votos de l’époque romaine

Malheureusement, au cours de la “Grande Fouille” les ex-votos romains ont été traités comme de «moindre importance» et pour cette raison leur valeur n’a pas été reconnue tout de suite. La stèle de Paul Émile est une pièce historique très importante car elle dépeint sur sa frise la bataille de Pydna. Le buste du ” Romain mélancolique”, qui est nul autre que Titus Quintus Flamininus (229-174 avant J.-C.), le protagoniste de la Seconde Guerre Macédonienne, est conforme à la description de Plutarque dans sa “Vie” .

Le célèbre “Sarcophage de Méléagros” est aussi extrêmement intéressant : il a été trouvé au début du XIXème siècle in situ à la nécropole occidentale, et a été transféré plus tard au musée de Delphes. Il est daté du IIème siècle après J.-C. et il est orné d’un décor en relief qui représente le mythe du Sanglier de Calydon et le conflit entre les chasseurs qui le poursuivaient. Le couvercle du sarcophage a la forme d’un lit, sur lequel se repose une figure féminine, apparemment représentant la défunte.

L’oracle de Delphes avait commencé à vaciller avant sa fermeture définitive à la fin du IVème siècle. Déjà au cours du IIIème siècle les cultes mystiques orientales avaient prévalu dans le subconscient des gens pieux, qui demandaient désormais une vérité révélatrice et non pas de plaines oracles. La législation anti-païenne de Constantin le Grand et de ses successeurs, en particulier de Constance, a porté un coup sévère aux anciens sanctuaires. L’usurpation de leurs ex-voto précieux et du reste de leurs biens les ont privés des fonds nécessaires à leur existence. L’empereur païen Julien a tenté en vain de renverser le climat religieux. La réponse que son envoyé, le célèbre médecin Oreibasios, a reçu quand il a visité Delphes afin de demander l’oracle pour l’avenir du monde païen était ne laissait pas d’espérance:

Εἴπατε τῷ βασιλεῖ, χαμαὶ πέσε δαίδαλος αὐλά,
οὐκέτι Φοῖβος ἔχει καλύβην, οὐ μάντιδα δάφνην,
οὐ παγὰν λαλέουσαν, ἀπέσβετο καὶ λάλον ὕδωρ.

[Dites au roi que la flûte est tombée sur le sol. Phoebus ne possède plus une maison, ni un laurier oraculaire, ni une source qui parle, parce que l’eau éloquent a séché]

Celle-ci est considérée comme la dernière prédiction jamais prononcée par l’oracle. En 394 Théodose Ier a promulgué un décret ordonnant la fermeture des oracles partout dans l’Empire romain. Les données archéologiques de l’époque romaine tardive pourtant, en particulier les rapports de fouilles dans les années 1990, prouvent que la vie en Delphes ne s’est pas arrêtée au IVème siècle. Au contraire, la ville semble avoir continué à vivre pour trois siècles encore en offrant à ses habitants un niveau de vie élevé. Déjà au cours de la Grande Fouille ont été découverts des chapiteaux, des parapets et des dalles d’une basilique chrétienne du Ve siècle, lorsque Delphes était le siège d’un évêché. D’autres constructions romaines tardives importantes sont les Bains de l’Est, la maison péristyle, l’Agora romaine, la grande citerne, la villa du portique occidentale ainsi que les tombes hors de la ville et les fours à poterie aux environs du gymnase.

Parmi ces monuments, la villa Sud, qui a été fouillée au sud-est de l’enceinte du sanctuaire d’Apollon constitue une preuve sur la prospérité et l’esthétique raffinée de ses habitants. Il est un bâtiment avec une longue façade de 65 mètres, étalé en quatre niveaux. Il dispose de quatre triclinia, dont trois aboutissent à des niches, ainsi que des bains privés. Dans ses espaces de rangement ont été découverts de grandes jarres, alors que dans le reste des chambres ont été trouvés des articles de luxe et des vaisseaux. Parmi eux se trouve un petit léopard fait de la mère de perle, apparemment de provenance orientale, peut-être de la Perse sassanide; il a été utilisé comme élément décoratif pour un petit sceptre ou pour le dossier d’un siège. Il semble que le bâtiment a été utilisé comme une maison privée à partir du début du Vème siècle jusqu’ à environ 580 ap. J-C. A environ 590, il a été transformé en un centre industriel et des artisans, principalement des potiers, s’y sont installés. Il est à cette époque qu’un brusque changement a eu lieu dans la vie de la ville de Delphes, au cours de laquelle la ville semble diminuer démographiquement, l’habitat se rétrécit, les importations d’articles de luxe arrêtent et au contraire la production de la poterie locale est renforcée. Considérant que les articles de poterie importés se composent principalement de la vaisselle, dont de nombreux éléments sont constitués de terre sigillée, les produits locaux sont plus grossiers, comprenant des amphores, des cruches, des marmites, etc., tous faits d’argile rouge avec l’addition de mica.

Très intéressant est l’évolution du changement d’usage dans la région après que l’oracle et le sanctuaire ont cessé de fonctionner. La Voie Sacrée reste la rue principale et elleest en fait pavée à nouveau avec des anciens matériaux de construction. Cependant, son caractère principal reste industriel et commercial. Dans l’Agora romaine ont été fouillés d’ateliers importants de poterie datant du IVème siècle, dont l’un a été peut-être utilisé pour la fabrication du verre. Des membres architecturaux épars attestent que peut-être la seule basilique chrétienneintra muros s’est construite à cet endroit. La partie ouest du site était le domaine résidentiel, avec de grandes maisons, dont beaucoup ont été pourvues des triclinia. Deux grandes citernes fournissaient de l’eau à la ville ainsi qu’au grand complexe de bains construit contre le mur de soutènement du sanctuaire. Comme mentionné auparavant, la ville de Delphes a été abandonnée après les premières décennies du VIIème siècle, probablement autour de 620 ap. J.-C, ou un peu plus tard.

La région du site archéologique de Delphes a été abandonnée dans le VIIème siècle et il n’a pas récupéré comme un quartier résidentiel que jusqu’à la période ottomane. La région a été occupée en 1205, lors de la dissolution de l’empire byzantin après la Quatrième Croisade, par Boniface, Marquis de Montferrat, roi de Thessalonique. D’après le système féodal occidental les nouveaux monarques distribuaient de la terre aux officiers de l’armée et aux membres de leur escorte. De cette façon, Amphisse et ses environs ont été appelés La Sole (Salona) et ont été offerts à la famille de d’Autremencourt qui étaient souvent paraphrasée comme Stromoncourt. Le premier chef de cette région était Thomas, qui était originaire de la Picardie en France. Par des opérations militaires il a étendu sa domination à la quasi-totalité de Phocide. Cependant, dans sa tentative de conquérir Galaxidi il a rencontré la résistance du Despote d’Epire, Michel Ier Komninos Doukas et a perdu sa vie dans la bataille en 1212. Les Byzantins ont réussi à dominer pendant une courte période, cependant le fils de D’Autremencourt Thomas II a repris le contrôle de la région et les Francs restèrent maîtres de la région jusqu’ en 1318. Pendant ce temps, la Compagnie Catalane a été associée avec le Duché d’Athènes à qui la famille de d’Autremencourt était assujettie. Les Catalans sont restés maîtres de la Thessalie, la Béotie, l’Attique et la Phocide jusqu’à environs 1390, lorsque leur position a été reprise par une autre compagnie, celle des Navarréens. Les deux prochaines décennies ont été particulièrement turbulentes à cause de différends continus entre les latins et les despotes byzantins de Morée. Fatigués de la turbulence militaire, mais aussi de la tyrannique Elena Asanina Katakouzene, veuve du dernier maître de Salona, Ludwig Frédéric d’Aragon, les habitants de Amphisse en 1394 ouvrirent les portes de la ville à l’armée de Bayezid I, qui se déplaçait vers le sud dans la Grèce, invité par les Byzantins. En 1402, la région a été conquise par les despotes de Morée et deux ans plus tard, Thomas Paléologue l’a vendue aux Chevaliers Ioannites. Néanmoins, les Ottomans se sont retournés une fois de plus et ont occupé la région en 1410.

Delphes a suivi l’histoire de la Phocide, avec des changements successifs de souverains durant l’occupation latine et jusqu’en 1410, quand les Ottomans ont consolidé leur pouvoir dans la région. Le site lui-même est resté presque inhabité pendant des siècles, alors qu’il parait qu’une des premières constructions de l’ère moderne fut le monastère de Panagia, érigé sur les ruines du gymnase antique. Un noyau résidentiel fut créé graduellement et il s’est évolué au village de Kastri.

La mention de Cyriaque d’Ancône

Le premier ‘périégète’ à décrire les antiquités delphiques encore visibles et à nous léguer une rare image du site durant une période relativement inconnue fut Cyriaque d’Ancône (ou Ciriaco de Pizzicoli). Il s’agit d’un personnage brillant, un véritable représentant de l’humanisme de la Renaissance. Il a commencé sa carrière en tant que commerçant, toutefois les antiquités qu’il rencontrait durant ses voyages l’ont profondément touché. Le résultat fut qu’il a apprit le grec ancien et le latin à un âge avancé, quand il avait 30 ans, et par la suite il s’est livré à une série de voyages visant à l’exploration archéologique et la documentation, en même temps que des différentes missions diplomatiques, surtout auprès de la cour ottomane. Cyriaque a visité Delphes en mars de 1436, dans le cadre d’un voyage plus étendu en Grèce et dans la Méditerranée orientale et, guidé par la description de Pausanias, il y est resté pendant six jours, documentant les vestiges archéologiques. C’est à Cyriaque que nous devons les descriptions du théâtre et du stade, ainsi que des nombreuses sculptures visibles. De plus, sa contribution dans le domaine de l’épigraphie fut considérable, car il a documenté nombre d’inscriptions. Certes, ses identifications ne furent pas toujours correctes: le bâtiment circulaire qu’il a décrit comme le temple d’Apollon, par exemple, n’était que les deux demi-cercles de la base de l’offrande des Argiens…

Les informations sur les deux siècles ayant suivi la domination ottomane sont relativement maigres et confuses. Sous le nom de Kastri, Delphes se soumettent au kaza de Salona (Amphissa). Nous connaissons que le tremblement de terre catastrophique de 1580, qui a infligé toute la région d’Amphissa, a provoqué des grands dégâts sur les antiquités qui étaient visibles jusqu’à cette époque.

Les périégètes étrangers

Nos informations sur Delphes dans la période ottomane se multiplient avec les périégètes qui les visitent. Tout comme dans l’antiquité, une route qui passait de Delphes reliait l’ouest avec l’est de la Grèce. Des nombreux périégètes débarquaient à Itéa ou à Naupacte et par la suite faisaient cette route, aidés par des bêtes de somme. A partir du milieu du XVIIème siècle ces visites se multiplient, car la mode des voyages et de l’amour pour les antiquités se propageait en Europe. Parmi les premiers visiteurs Européens de Delphes (au moins ceux qui sont connus) étaient George Wheler et Jacob Spon, qui ont visité la région en janvier 1676. Le premier édifice à attirer leur attention, comme celle de nombreux visiteurs subséquents, fut le monastère de Panagia, construit à la dite “Marmaria”, juste par-dessus du gymnase antique. Il s’agissait d’une dépendance du Monastère de Jérusalem à Dauleia en Béotie et il y existait jusqu’aux années 1890, quand il fut démoli lors de la “Grande Fouille”. Ce monastère recevait nombre des périégètes, dont la plupart parlent du bon vin offert par les moines qui suivaient une vie frugale.

Richard Chandler, professeur à Oxford et expert d’épigraphie renommé, accompagné par l’architecte et dessinateur Nicholas Revett et par le peintre William Pars sont passés par Delphes en 1766. Leur mission fut financée par l’illustre Société des Dilettanti, qui cultivait de manière systématique l’intérêt pour les antiquités gréco-romaines dans la Grande-Bretagne. Leurs études furent publiées en 1769 sous le titre “IonianAntiquities”, suivi par une collection d’inscriptions et de deux descriptions de voyage, une sur l’Asie Mineure (1774) et une sur la Grèce (1775). A part les antiquités documentées, l’équipe britannique a également préservé quelques descriptions animées sur la vie quotidienne àKastri, particulièrement la visite d’une équipe de Turcs-Albanais qui opéraient en tant que gardiens des routes montagnards et qui ont laissé une impression fort négative aux Bretons avec leur conduite “brute” et “barbare”.

En 1805 E. Dodwell a visité Delphes, accompagné du peintre habile Simone Pomardi. Ses descriptions sont simples mais précises, tout comme les gravures exceptionnelles de Pomardi qui ont orné son livre, publié en 1821. A part des antiquités, Dodwell a également décrit des scènes de la vie quotidienne, comme un dîner inoubliable au village Chrisso, ou l’hospitalité du prêtre de Kastri, dans une maison à une chambre sans ventilation pour les fumées du foyer, où toute la famille vivait ensemble.

Un site tant connu à l’Occident que Delphes ne pourrait pas manquer de l’itinéraire du grand philhellène Lord Byron, qui a visité la région en 1809. Byron était accompagné de son ami John Cam Hobhouse. Cette visite a inspiré au poète, parmi bien d’autres, les vers suivants:

Or, là j’ai marché près du ruisseau,
Oui! J’ai soupiré sur le sanctuaire déserté de Delphes,
où tout est immobile sauf la fontaine faible.

En même temps, il n’a pas pu ignorer les inscriptions des autres voyageurs gravées sur les colonnes antiques qui se trouvaient en second usage au monastère de Panagia ; entre elles, il a observé l’inscription du Compte d’Aberdeen, que Byron critiquait, tout comme Elgin, de l’amputation et du vol d’antiquités. Son horreur pour les actes damnables de ses compatriotes ne l’a pas toutefois empêché de laisser sa signature sur le marbre de la même colonne, qui se trouve aujourd’hui au gymnase de Delphes.

Les premières décennies de l’état hellénique

Après l’établissement de l’état hellénique, le soin pour les antiquités fut immédiat dans tout le territoire. Des nombreuses sculptures qui se trouvaient au site de Delphes ont été transportés initialement à Egine, au musée archéologique que Kapodistrias venait d’inaugurer. Toutefois, des nombreuses voix demandaient la création d’un musée dans la région elle-même. Le projet pour la fouille de tout le site existait déjà depuis la décennie de 1860, or les finances limitées de l’état grec le rendaient presque impossible. Dans l’entre-temps, les périégètes poursuivaient sans cesse leurs visites durant tout le 19ème siècle. Parmi eux se trouvait le poète et romancier Gustave Flaubert, qui a visité le site en 1851. Ce courant renforcé des visiteurs et des chercheurs d’histoire pourrait être un des motifs ayant mené à l’accord entre l’état hellénique et l’état français pour l’expropriation du village de Kastri, le transfert des maisons dans un autre endroit et l’exécution de la plus grande fouille entreprise sur le territoire hellénique jusqu’à ce moment-là.  

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